jeudi, mai 11, 2006

Skype [3]: SkypeOut comme moteur des revenus!

[Voir les billets [1] et [2] pour les chiffres actuels et historiques sur les utilisateurs de Skype et l'utilisation qu'ils en font]

Niklas Zennstrom, le fondateur et actuel ceo de Skype a déjà expliqué au forum de Davos que le coût marginal d'un nouvel utilisateur de Skype est (quasi-) nul et que sa présence augmente la valeur globale (virtuelle ?...) du réseau selon la célèbre loi de Metcalfe.

Il avait également dit à Davos que moins de 10% des utilisateurs de Skype était des utilisateurs payants (=les fameux clients d'antan...).

Eh bien, lors de l'Analyst Day 2006, des chiffres détaillés sont venus: par rapport aux autres services Skype payants (SkypeIn, messagerie vocale, sonneries musicales), c'est clairement SkypeOut - le service passerelle vers le réseau téléphonique classique - qui se dégage comme le moteur des revenus actuels.

Skype/Ebay a même donné les chiffres du schéma ci-dessous sur Mars 2006:
  • 28.2 millions d'utilisateurs actifs sur Skype globalement en Mars sur 100 millions enregistrés
  • 7.6% d'entre eux ont utilisé SkypeOut
  • pour chacun 30.4 appels de 3.8 minutes vers le réseau téléphonique classique (j'en fais moins)
  • facturés à 4.9 cts de dollar la minute
Le tout à produit donc un revenu de 12.2 millions de dollars en Mars 2006.8.8 millions ont été redonnés aux opérateurs traditionnels que Skype est en train de puisque la marge brute est de 28%

Sur le premier trimestre - selon le graphique ci-dessous - SkypeOut a produit 32 millions soit 91% des revenus Skype récemment annoncés à 35 millions de dollars.
Un autre chiffre intéressant que l'on peut déduire de ce calcul en utilisant ce précédent billet:

(28.2 * 0.076 *30 * 3.8) = 244 millions de minutes payantes sur un total de 2.3 milliards (6.9 pour T1 2006 / 3) de minutes servies en Mars. Donc, si on en calcule le prix au prix de SkypeOut, Skype a fait perdre en Mars 2006 au moins 101 millions de dollars de chiffre d'affaires aux opérateurs téléphoniques classiques (donc 1 bon milliard de dollars en 2006!... voire pas loin de 2 si on tient compte de sa croissance de 42% par trimestre)

On peut finalement associer Craigslist et Skype: la société de Craig Newmark s'est elle aussi fait une spécialité de la destruction de valeur (non intentionnelle selon son fondateur...) mais cette fois dans le domaine des média via les annonces classées gratuites.

En conclusion, eh bien, finalement rien de bien neuf: c'est le processus de "destruction créatrice" décrit bien avant l'Internet par l'économiste J. Schumpeter qui est à nouveau en action!

Pour les opérateurs qui vivent cette destruction de valeur, ils doivent s'appuyer sur la loi de "conservation des profits" de Clayton Christensen (déjà évoquée dans ce billet): les profits qu'ils perdent dans la téléphonie classique vont migrer ailleurs.

Les 2 questions à plusieurs milliards (de dollars):
  • où ces profits vont-ils donc migrer?
  • les opérateurs sauront-ils les suivre?
Ils doivent en être capable ... et vite: Swisscom (qui souffre de cette migration rapide) - après France Telecom - vient par exemple d'annoncer baisse de chiffre d'affaires et des profits. Le spectre de J. Schumpeter "est dans la maison"!

6 commentaires:

Briconcella a dit…

Votre article est vraiment interessant, mais où vont se loger certains petits profits de skype qui me font hurler: le fait que si vous n'utilisez pas skypeout durant quelques mois (ça peut arriver!) Skypeout vous prend votre argent et cloture votre compte, tout simplement! Cela m'est arrivé. Il m'a été répondu par mail que c'était écrit dans les petites lignes, comme dans les compagnies brick and mortar. Sur des petits comptes à 10
euros, dont Skype subtilise 8 euros, c'est tout bénéf. J'imagine que quelques pour cents des bénéfices de skypeout viennent de pauvres petits skypers truandés comme nous.
Itou, dans un autre domaine, pour les dollars de publicité adsense que Google ne paie jamais aux blogueurs et petits sites, puisqu'il faut atteindre la fameuse écluse des 100 dollars de revenus pour être réglé.
Je ne sais pas si c'est de la destruction créatrice. C'est du petit brigandage, le plus profitable.

d.durand a dit…

Bonour Briconcella,

Effectivement, je suis au courant des 6 mois pour la perte des crédits SkypeOut.

Je trouve aussi que c'est mesquin! ...Donc indigne du rang que Skype est en train d'acquérir.

Le train (et la maison-mère Ebay) devraient venir à bout de ce pâché de jeunesse à mon avis

PS: Google Adsense - beaucoup d'autres grognent aussi mais un point que j'ai lu: si vous clôturez votre compte AdSense, vous êtes payé quel que soit le montant.

bonne journée

didier

Philippe Angoustures a dit…

bonjour et bravo pour votre blog !

Des revenus pour Skype ? Oui et surement de plus en plus.

Des bénéfices ? Oui car les coûts d'acquisition sont quasi nuls mais peut être pas pour très longtemps.

En effet si, comme le congrès américain l'a voté la semaine dernière, les fournisseurs de service non opérateurs type Skype ou MSM doivent verser une redevance aux opérateurs télécoms pour l'utilisation de leur réseau (décision encore non applicable et qui le sera difficilement mais la direction semble prise), toute une série de business models seront sans doute moins attractifs.

Qu'en pensez vous ?

J'essaie (péniblement et depuis peu) de traiter ces sujets dans mon blog mais j'avoue que le rythme est dur à prendre. Encore bravo pour la qualité et l'intensité de votre production.

d.durand a dit…

Bonjour Philippe,

[merci pour les fleurs]

Je ne pense pas que les opérateurs télécoms arriveront à faire payer: le gouvernement américain empêchera aux vieux d'empêcher les jeunes de progresser.

La capitalisation boursière et le taux d'innovation des colosses du web est trop critique maintenant pour les freiner!

Les politiques ne prendront pas ce risque même si le lobby des telcos est puissant

A mon avis, la "Net Neutrality" gagnera à la fin même si il y aura peut-être des péripéties intermédiaires

Il va falloir que les telcos trouvent autre chose pour refaire des profits!

cordialement

didier

Sabin a dit…

En somme, et c'est curieux comme idée, mais avec le changement de "génération" d'entreprises, il va y avoir un décalage.

Les opérateurs de télécommunications étaient des fournisseurs de services, l'opérateur privilégié et unique, et ils construisaient leur réseau pour ensuite fixer, du moins dans une certaine mesure, leur prix.
Une génération plus tard, les voici devenus fournisseurs de tuyaux et de bande passante, destinés de plus en plus à vendre ça en gros et non plus au détail, aux nouveaux opérateurs qui, avec de meilleurs services, sont eux au contact du client.

Je me trompe ou la solution pour eux c'est de profiter de leur immense capitalisation actuelle et de leurs revenus encore importants, pour tenter d'acheter, tant qu'il est tant, les entreprises de la nouvelle génération ?

En tous cas, merci pour le billet, ça fait du bien de voir les révolutions technologiques éclairées par ces bonnes vieilles lois économiques qu'on a appris en classe : pas besoin de "nouveaux paradigmes" .

d. durand a dit…

Bonjour Sabin,

Il faut effectivement que les opérateurs se bougent ... et très vite!

Le travail de grossiste de bande passantene leur suffira pas en termes de rentablité financière: c'est un job où la denrée est une commodité qui finit par la pression par se vendre au prix coûtant -> actionnaires pas contents!

didier