lundi, août 28, 2006

EC2 après S3: le "nuage informatique élastique" d'Amazon pour le web 2.0 = virtualisation des CPUs

Quand Amazon a lancé son Service de Stockage Simple (S3 - "Simple Storage Service"), j'avais écrit qu'il livait une pièce importante du puzzle de construction des nouvelles entreprises du web 2.0:

"Ce sont des services aussi simples (et c'est volontaire, dixit Amazon) que ceux-ci qui sont nécessaires à bâtir une nouvelle génération d'entreprises sans infrastructure propres donc très agiles à une époque où la rapidité de mutation devient vitale!"

Eh bien, aujourd'hui avec EC2 ("Elastic Computing Cloud"), Amazon complète la panoplie de la startup du web 2.0 agile et flexible qui évolue vite en offrant la location à l'heure de machines Linux virtualisées: après le stockage, la capacité de calcul à la demande est maintenant là!

Cette image virtuelle est "exécutée" par Amazon et facturée 10 cents à l'heure par instance: plusieurs instances simultanées d'une même image Linux sont bien sûr possibles pour des tests ou une architecture à croissance horizontale. (le trafic est en sus selon les tarifs S3).

En calculant qu'un mois revient à 72 dollars, Michael Arrington de Techcrunch trouve le prix encore élevé: le prix de location d'une machine équivalente dédiée dans un centre d'hébergement aux USA est de 50 dollars environ.

C'est peut-être vrai aujourd'hui, mais ce prix va baisser! Google a 450'000 serveurs et Microsoft en prépare 800'000: ils pourraient donc tout comme Amazon et pour entrer en concurrence avec lui sur ce nouveau marché en donner accès à des clients payants pour les faire bénéficier de leur excellence opérationnelle (à moins qu'ils ne considèrent que ce serait brader un de leurs avantages stratégiques - Jean-Michel Salaun voit ces monstrueux centres de calcul comme tels)

Pour moi, le point le plus intéressant est que l'on peut maintenant bâtir une société du web 2.0 sans posséder aucune infrastructure ni obliger un hébergeur à dédier une (ou plusieurs) machine(s) pour soi. Cette virtualisation se fait de plus en conservant malgré tout une totale autonomie de configuration (à la différence des hébergements partagés actuels standars Apache+PHP/Perl+MySQL)

La virtualisation de l'informatique et son mode d'utilisation /facturation à la demande sont maintenant vraiment en marche! (juste encore quelques mois de rodage...)

J'avais écrit en Avril 2004 dans un article pour le quotidien Agefi sur la synergie entre Logiciel Libre (OSS) et On-Demand Computing:

"Vers une flexibilisation parfaite des coûts: l’ère du «On-demand Computing» véritable débutera quand l’énergie informationnelle issue des traitements par ordinateurs pourra être obtenue à partir de centrales informatiques distantes: des groupes d’ordinateurs banalisés y traiteront simultanément et de manière intégrée l’ensemble des programmes (écrits sur des bases technologiques identiques) et des données d’une foule de clients.

Ces derniers ne seront alors facturés qu’en fonction de ce qu'ils auront réellement consommé, et non pas des «boîtes» qu’ils hébergent le plus souvent à coûts fixes dans leurs centres de calcul internes! Cette nouvelle forme permettra une parfaite flexibilisation des coûts par rapport aux besoins et évolutions des affaires de la société .

Les entreprises utilisatrices doivent cependant encore faire leur part du travail: el les doivent harmoniser entre el les (de manière inconsciente…) les plateformes
informatiques qu’elles utilisent.

Mais, la vision théorique, et peut-être quelque peu utopique, évoquée plus haut n’est pas nécessaire ment le but initial des sociétés qui mettent en place en leur sein l’OSS et ses proches cousins comme Java. En effet, les économies financières directes massives d’acquisition puis d’évolution réalisables via l’OSS représentent sou vent un but premier plus séduisant. Il pave de toute façon la voie vers la seconde étape!"

Eh bien, 28 mois plus tard, une telle centrale d'énergie informatique ouverte existe: chez Amazon! Je pensais à l'époque que cela mettrait plus de temps...

Par contre, l'autre face de l'équation me semble effectivement plus lente: la migration par les grandes entreprises de leur informatique commerciale vers le Logiciel Libre n'est pas encore vraiment entamée ou trop frileuse dans la majeure partie des cas!

Bon, pour avoir mené un tel projet chez mon employeur pendant 3 ans à partir d'un mainframe IBM migré vers Linux (projet NACA), je sais que c'est un immense chantier mais les bénéfices résultants sont énormes!

EC2 - caractéristiques techniques (pour les fans...):

L'ensemble des spécifications ci-après sont données par un billet sur un blog officiel d'Amazon.

La virtualisation du service de location est complète: Amazon n'impose rien au niveau de la configuration de Linux.

C'est le client qui définit totalement les paramètres de son image Linux (appelée AMI = Amazon Machine Image - basée sur la distribution Redhat Fedora) qu'il télécharge ensuite sur l'infrastructure Amazon.

Quand elle est activée, l'image Linux tourne ensuite sur un serveur virtuel équivalent à un Xeon 1.7Ghz avec 1.75GB de RAM et 160 GB de disque local avec 250Mb/s de débit réseau.

Le logiciel de virtualisation est Xen, le clone Open Source du célèbre VmWare. Cette version libre monte actuellement fortement en puissance!

Source: blog Media & Tech (par didier durand)

4 commentaires:

genium a dit…

Vous l'évoquiez dans votre billet du 15 mars... bien vu:)
C'est une brique essentielle à Linternux je suppose... La démocratisation de ce modèle de virtualisation sera t'elle rapide? Et est-ce utopique d'imaginer un futur où l'on pourrait partager la puissance de calcul de sa machine dans um modèle économique cohérent (un peu comme l'ancien projet SETI, dans un autre domaine)?
Merci en tout cas pour vos analyses, votre blog est très instructif! Pour ma part, je suis en pleine mutation... C'est très plaisant :) Nous vivons une époque formidable je trouve:)...

d. durand a dit…

Bonjour Genium,

Je voulais parler de Linternux et puis j'ai oublié... (j'y reviendrai)

Ravi de voir que mes lecteurs se souviennent de ce que j'écris!

PS: Votre citation d'enstein est aussi ma préférée: elle trôme dans mon bureau depuis des années!

cordialement

didier

Jean-Marie Le Ray a dit…

Didier,

Juste un lien.
Jean-Marie :-)

d. durand a dit…

Salut Jean-marie

Merci du pointeur: je suis un fans des idées de J. Bezos

didier